18 août 2017 – 20h30 – , Anse-à-Beaufils, QC
La Vieille Usine et La fabrique Pasta Loca présentent

Boucar Diouf

Magtogoek ou le chemin qui marche, c’est le nom que les Algonquins avaient donné au fleuve Saint-Laurent avant l’arrivée de Jacques Cartier. C’est aussi ce chemin qui a guidé les pas de Boucar jusqu’à Rimouski en 1991. Aujourd’hui, armé de son amour pour l’histoire et la biologie marine, il vient vous raconter en humour ce grand fleuve dont les eaux coulent désormais dans ses veines. Ce spectacle est une grande déclaration d’amour au fleuve Saint-Laurent. C'est un voyage historique sur un flot d’humour et de science.

Entrée: 20h00

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Boucar Diouf

Je suis le sixième d'une famille de 9 enfants : six garçons et trois filles. Ma mère s'appelle N'Dew Diouf et mon père, Amath Diouf. Je suis né et j’ai grandi dans la province du Sine, le fief de l’ethnie sérère au Sénégal. Traditionnellement, les Sérères sont des éleveurs de zébus et des cultivateurs d’arachides. Si, aujourd’hui, j’ai fait des études supérieures, ce n’est pas parce que je voulais devenir chercheur, mais plutôt parce que je voulais me donner toutes les chances de ne pas cultiver des arachides. En effet, comme on dit au Québec, cultiver des arachides, c’est travailler pour des « peanuts ». 

Mon père et ma mère ne sont jamais allés à l’école, mais mon père avait son truc pour nous intéresser aux études. Il nous faisait tellement travailler dans les champs d’arachides que l’ouverture des classes nous semblait être le début des grandes vacances. Quand Papa était content, il nous disait : « Travaillez bien à l’école les enfants, un homme a besoin de se cultiver. » Et, quand ça ne faisait pas son affaire, il ne se gênait pas non plus pour nous dire : « Je n’ai rien contre l’école, mais les champs ont besoin d’être cultivés. » Et on repartait se taper deux heures de travaux champêtres avant le souper. Cependant, même si papa ne savait pas lire, il disait souvent que les illettrés étaient les aveugles des temps modernes et qu'il ne voulait pas, de son vivant, voir son fils ou sa fille souffrir de ce handicap. 

Dans notre maison familiale, les animaux (moutons, zébus, ânes, chèvres, poules, chevaux) ont toujours côtoyé les humains. Le veau dans la chambre, l'âne dans la cuisine, les poules sous le lit sont des scènes de vie presque anodines chez les Diouf. Jusqu'à l'âge de 15 ans, j'étais berger. Je parcourais la savane pendant la saison des pluies avec les animaux à la recherche de pâturages. Cette vie de berger durait jusqu'à l'ouverture des classes et, même après la reprise des cours, je reprenais le bâton de berger pendant les jours de congé. Les rapports entre les Sérères et leurs vaches sont proches de l'adoration. Le zébu est un «dieu au museau humide », un animal qu'on ne tue que pour célébrer un mariage ou des funérailles, mais dont la bouse est très prisée comme fertilisant. De temps en temps, les hyènes faisaient une irruption nocturne dans les troupeaux et le carnage était difficile à supporter le lendemain. Aussi, pour protéger les animaux, on était parfois obligé de passer la nuit à côté des troupeaux. 

Aujourd'hui, même si la plupart des Sérères se réclament de la religion musulmane, leur culture renferme une forte dose d'animisme. Les Sérères croient profondément à la sorcellerie et aux forces de la nature. Ils pratiquent aussi les rituels de chasse, les danses de la pluie, le totémisme, la circoncision et l'initiation des jeunes garçons. De tous les enseignements que j'ai reçus pendant mon initiation, le plus important reste le répertoire de chansons initiatiques du pays des Sérères : des chansons dont certaines trouvent leur origine dans la fondation du pays. Aujourd’hui, même loin de mon pays et de la culture des miens, je perpétue cette tradition sur les rives du Saint-Laurent. Il m'arrive même d'enseigner une de ces chansons aux enfants du Bas-du-Fleuve lors de mes passages dans les écoles. 

De la savane à la neige 

Avant de venir au Canada, j’ai fait une maîtrise et une attestation d'études approfondies à la faculté de sciences de l'université de Dakar. Par la suite, j’ai obtenu une bourse pour faire un doctorat en océanographie au Québec. Je n'étais pas le premier à quitter la famille pour les pays froids : mon frère N'dane a fait son diplôme d'ingénieur en Tchécoslovaquie et un troisième cycle en Belgique. Avant mon départ, j'ai eu une semaine de cours intensifs sur le choc culturel et l'adaptation à la culture québécoise. Par contre, on avait omis de me parler du choc thermique. C'est ce que j'ai compris lorsque j'ai découvert l’hiver du Québec en robe africaine. 

Un doctorat sur les adaptations au froid des poissons 

Après avoir connu le choc thermique, j'ai commencé à me poser des questions sur l'hiver. Et plus je lisais sur le sujet, plus je m'intéressais à la physiologie de la résistance au froid chez les ectothermes. Finalement, j’ai décidé de faire ma thèse de doctorat sur les adaptations au froid chez les poissons. C'est après avoir soutenu ma thèse, cinq ans plus tard, que je me suis posé la question fatale : « Qu'est-ce que tu vas faire avec une telle spécialisation au Sénégal où il fait quarante degrés à l'ombre ? » 

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@ La Vieille Usine