11 janvier 2018 – 19h30 – , Sutton, QC
Salle Alec et Gérard Pelletier présente

Ceux qui font les révolutions à moitié n'ont fait que se creuser un tombeau: UN FILM DE MATHIEU DENIS ET SIMON LAVOIE

Klas Batalo, Giutizia, Tumulto et Ordine Nuovo, quatre Québécois dans la vingtaine, refusent le monde tel qu’il leur est offert. Trois ans après l’échec retentissant du « Printemps Érable », ils se lancent dans des actions de vandalisme qui tendent de plus en plus vers le terrorisme. Mais leur avant-garde révolutionnaire ne rejoint visiblement pas les aspirations dominantes de la société et risque à tout moment de leur éclater au visage. 

Entrée: 19h00

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Admission générale11,53 $ (incluant taxes et frais de service)

UN FILM DE MATHIEU DENIS ET SIMON LAVOIE

Quelques années après avoir coréalisé Laurentie (2011), il nous apparaissait que le temps était venu d’unir une fois de plus nos forces dans la création d’un lm engagé, radical et sans compromis. Et ce parce que de nouveau, nous souhaitions ardemment parler du monde qui nous entoure. L’enlisement et la stagnation de plus en plus évidents dans lesquels le Québec (à l’instar d’une grande partie du reste du monde) semble avoir choisi de se désintégrer sont devenus intolérables. Que faire, dès lors ? Le seul moyen que nousavons trouvé pour combattre cet état, c’est de faire ce lm. Faire ensemble cette oeuvre qui nous semble plus grande et importante que nous, individuellement.

Ceux qui font les révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau (le titre est emprunté au révolutionnaire français Louis Antoine de Saint-Just) explore les dérives, les mélancolies, les espoirs et les résignations d’une certaine jeunesse déçue par le cul-de-sac dans lequel elle se retrouve suite au désagrégement du mouvement étudiant qui était à la base du « Printemps érable », cet élan de protestation sociale qui a secoué le Québec en 2012.

Ordine Nuovo, Giutizia, Tumulto et Klas Batalo (ils se sont donnés entre eux des noms de maquis, comme l’avaient fait avant eux les résistants français pendant la Seconde Guerre mondiale), bien qu’ils soient en partie inspirés par de véritables acteurs du mouvement de 2012, sont au nal des personnages ctifs qui sont nés des questions que nous avons commencé à nous poser suite au retour au pouvoir d’un gouvernement majoritaire libéral en2013, ce retour en force consacrant l’échec du mouvement étudiant qui avait initié ce fameux Printemps érable et le triomphe d’une frange de la société se contentant bien d’un certain statu quo. Nous nous sommes alors demandés dans quel état d’esprit ce revirement politique avait pu laisser ces étudiants qui avaient été profondément engagés dans le mouvement de 2012.

Ces jeunes gens d’à peine 20 ans avaient, un bref moment, vécu quelque chose que les gens de leur génération (et de la nôtre) n’avaient jamais connu : la conviction que de parleurs actions et leur engagement, ils avaient la possibilité de changer le monde dans lequel ils vivaient. Être porté par cette exaltation pour ensuite constater qu’il n’en est rien, voir le projet politique pour lequel on a sué sang et eau s’effondrer comme un château de cartes ne peut pas avoir laissé ces jeunes gens entièrement intacts.

Nous avons donc voulu imaginer que certain d’entre eux aient pu décider envers et contre tous de ne pas céder au découragement et au cynisme ambiant – qu’ils aient pu décider de ne pas se résigner. Une poignée de jeunes gens qui aurait refusé que son existence se résume à une vie entièrement vouée à l’individualisme, au refus de tout projet collectif transcendant le simple confort individuel ; une vie livrée au consumérisme, dans un monde où tout est manufacturé, où même la vie sociale, l’esthétique et la culture sont devenus des produits de consommation à obsolescence programmée.

Nous avons voulu imaginer quatre protagonistes tentant de résister à cette seule conception du monde s’offrant à eux, et confrontés dès lors à l’isolement implacable auquel cette résistance les con ne nécessairement. Quelle autre voie que celle de la radicalisation – et éventuellement de la violence – une telle jeunesse peut-elle emprunter ? Il nous a semblé que poser la question, c’était y répondre.

L’absolu vers lequel tendent nos personnages, dans un monde qui a renoncé depuis longtemps à toute aspiration autre que matérielle, est complètement drainant et vainexorablement les mener à leur faillite. Mais il n’en demeure pas moins qu’il y a quelque chose d’émouvant dans cet engagement, que nous souhaitions mettre en images.

Si la jeunesse ne croit plus en l’impossible, qui y croira ?

Nous avons voulu fantasmer les quatre personnages principaux de notre lm comme les hérauts emblématiques de cette jeunesse qui souffre, refusant le monde tel qu’il lui est tendu. Cette jeunesse qui se replie sur elle-même, et dont les actions de vandalisme désarticulées les mène peu à peu jusqu’à des extrémités. Cette jeunesse existe. Elle est marginale, et sa douleur la rend souvent silencieuse, mais sa colère est rampante. Une frange de cette jeunesse se berce d’un désenchantement qui la voue à l’inertie ou qui lui fait retourner cette colère et cette violence contre elle-même. Mais chez d’autres, cette même colère, confrontée à des horizons bouchés et à un monde apparemment impossible à changer, mène au contraire à l’idée de la lutte radicale et de la violence politique. Ainsi en est-il de Giutizia, Klas Batalo, Tumulto et Ordine Nuovo.

Derrière Ceux qui font les révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau, il y a d’abord et avant tout la volonté de prendre la parole collectivement. Cette parole n’est pas uniquement portée par les auteurs du lm – elle est l’expression de tous ceux qui ont participé à sa création. Ces voix qui se sont unies pour mettre au monde ce lm lancent en quelque sorte un cri qui souhaite secouer, un cri qui veut déranger les courants de pensée dominants. Un cri libre et cathartique.

Et s’il est vrai que le lm qui en est l’expression n’est pas destiné à faire chaud au coeur ; s’il est vrai qu’il explore des ténèbres que nous préférerions parfois ignorer... Ce qui le sauve du nihilisme, ce lm, c’est qu’il en appelle à plus grand que nos individualités. L’œuvre qui en résulte appelle à une prise de conscience et remet en question notre apathie et notre indifférence en cette époque cynique de tous les « post-modernismes ». Elle nous présente des jeunes gens qui, eux, refusent de se résigner, qui luttent, qui croient encore à quelque chose de plus grand qu’eux, à un projet de société qui les dépasse. Malgré les excès, malgré les coups de gueule, nous espérons qu’une vérité émane de ces personnages, porteétendards d’une jeunesse désespérée, et que leurs dilemmes, leurs passions, leurs tiraillements et leur caractère tragique soient au nal émouvants.

Ce lm, s’il apparaîtra sombre à certains, n’est surtout pas désespéré. Puisqu’il existe, puisqu’une force vive nous a collectivement fait le créer et nous amène aujourd’hui à le présenter à nos contemporains, il y a donc encore quelque chose qui nous meut, tous, vers l’avant. Quelque chose qui nous donne le désir de créer et de vivre dans ce monde qui est le nôtre, malgré tout.

Mathieu Denis & Simon Lavoie Montréal, août 2016

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